7 faits incontestables à propos de Jésus de Nazareth

Pour les Témoins de Jéhovah, comme pour la grande majorité des chrétiens, le Jésus historique, appelé Jésus de Nazareth, est apparu au Ier siècle.

Mais comme il est impossible de naitre l'année 0 (elle n'existe pas pour des raisons historiques) il faut bien dater son apparition. Pour les Témoins de Jéhovah , les dates absolues sont les suivantes :

  • Jésus nait en octobre de l'an - 2
  • Jésus commence à prêcher en + 29
  • Jésus meurt crucifié le 14 nisan de l'an 33.
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Toute leur chronologie biblique et prophétique (dont la fameuse année 1914) se base sur ces dates pivots.  
 

Les historiens catholiques et protestants divergent quelque peu sur les dates. La naissance pouvant être entre -7 et -4 et sa mort entre +27 et +33 suivant la méthode de calcul et choix des éléments retenus pour le calcul de la date. En étudiant le sujet de près, on s'aperçoit que nous sommes en plein brouillard du début à la fin. 

Fait n°1 : Notre calendrier chrétien qui date sa naissance est faux

Pour rappel, nous sommes en 2013 après-JC mais au Ier siècle on comptait en fonction de la date d'ascession au trône du roi ou de l'année de la fondation de Rome. Au Ve siècle, un moine nommé Denys Le Petit établi l'Anno Domini à savoir l'année de naissance du Seigneur. Mais Denys Le Petit arrange ses calculs car il cherche à se défaire de l'ancien calendrier Dioclétien et tente de faire coïncider la Paques avec une pleine lune.  Il fait statuer l'année de naissance du Christ en l'an 753 de la naissance de Rome (l'année de la naissance de Rome est aussi hypothétique) qui devient ainsi l'an 1. Plus tard, il sera décidé que c'était l'an 754 mais personne n'utilisera vraiment ce nouveau système avant le IXe siècle. L'affaire se corse quand on sait que les Romains utilisaient la datation en fonction de leur Consul ou de César et non en fonction de la naissance de Rome....Et c'est ce que font les rédacteurs des Evangiles qui ne connaissent pas l'année de naissance de Rome fixée par l'historien romain Varron

Mais comment Denys a-t-il réussi à trouver cette date ? Personne ne le sait exactement - peut-être en appliquant les 70 semaines d'années du livre de Daniel (1 semaine = 1 année) à partir de la chute du temple de Jérusalem par Titus en 70 -  mais tous les historiens s'accordent à dire qu'il s'est trompé. En clair, l'an 1 n'était pas vraiment l'an 1 et en fait nous ne sommes pas en l'an 2013 mais sans doute en l'an 2018 ! Une erreur de 5 ans selon les historiens - Bouchet, Biémont -  mais de 6 ou 7 ans selon le Pape Benoit XVI

Vu que l'année 2013 est acceptée majoritairement, cela ne change pas grand chose à notre quotidien.Sauf, bien entendu, si vous tentez de vous accrocher, comme le font les Témoins de Jéhovah, à un système chronologique de 2520 années pour garder la date dogmatique de 1914, alors tout s'écroule comme un chateau de cartes.

 

Fait n°2 : Le Nouveau Testament se contredit sur la date de naissance de Jésus


Les éléments nous permettant de situer la naissance de Jésus dans l'histoire sont les suivants dans le Nouveau Testament :

  • Jésus est né au temps du roi Hérode le Grand selon Matthieu (Matthieu 2,1)
  • Jésus est né pendant le recensement général ordonné par Auguste (Luc 2, 1)
  • Jésus est né alors que Quirinius était gouverneur de Syrie (Luc 2, 2)

Les évangiles Selon Marc et Selon Jean ne donnent aucune indication chronologique, ni les Actes des Apotres et encore moins les écrits pauliniens.

Ces éléments posent de graves problèmes pour l'établissement d'une date même approximative de la naissance de Jésus. En effet Hérode est mort en l'an 4 av.J-C alors que Quirinius n'entre en fonction qu'en l'an 6 après JC. Avouez qu'un trou de 9 ans, ça fait désordre dans la chronologie chrétienne qui s'évertue à nous expliquer que la naissance de Jésus fut le plus grand évènement historique de tous les temps...

D'autre part il n'y a aucune trace d'un quelconque recensement général ordonné par l'empereur Auguste. Seul un recensement pour impôt est ordonné en Judée par Publius Sulspicius Quirinius en +6. Ce recensement qui a entraîné des révoltes en Palestine est rapporté par Flavius Joseph dans les Antiquités Juives. Cette pratique romaine, n'a pas pu se faire avant 6 de notre ère car c'était le roi Juif Hérode Archelaos qui était au pouvoir et la Judée n'était pas sous la coupe directe de Rome. A cause de sa tyrannie, les Juifs ont obtenu de Rome qu'il soit évincé pour être remplacé par un préfet nommé Copunius. En contrepartie, la Judée fut désormais rattachée à la Syrie et le recensement était possible. Il est donc impossible qu'il y ait eu un recensement précédent inconnu des chroniques historiques comme ont tenté ceux qui veulent gommer les faits historiques dérangeants en alléguant un précédent recensement (position abandonnée par tous les historiens depuis 1931 - pour détails lire le Wiki anglais).

On se demande toujours comment les Romains auraient pu demander un recensement "dans la ville d'origine de tous les habitants de la Terre" (Luc 2, 3-4) ce qui aurait créé une vraie transhumance complètement stupide de tous les sujets de l'Empire romain. Un recensement sert à déterminer combien de personnes habite à un endroit afin de faciliter la levée d'impot et non de savoir quelle est la ville d'origine du plus ancien ancêtre connu.  L'Evangeliste essaye juste de rattacher le Messie à la maison de David par une extravagance que toute personne un peu logique classe cet évènement au rang de légende et non d'histoire.  Aucun historien de la région (ou même de l'empire romain) ne relate cet évènement inventé de toute pièce et il n'existe pas une seule archive de ce décret alors qu'il aurait dû se retrouver sur des milliers de documents. Fiction....

Le glas sonne définitivement pour les compétences d'historien de Luc quand il nous dit que la 15 année du règne de Tibère César, "Anne et Caïphe étaient souverains sacrificateurs "(Lc 3,1-2) . C'est une double inexactitue. Anne n'était pas Grand prêtre la 15e année du règne de Tibère César, ni en même temps que Caïphe. Le premier gouverna le temple de +6 à +15  et le second de +18 à +36. 

Quand à sa date de naissance le 25 décembre, tout le monde sait que cette date est un syncrétisme par l'Eglise Catholique vers 350 afin de faire coïncider la naissance de Jésus avec Sol Invictus et Mithra dont leur naissance était célébrée dans tout l'Empire romain.

Fait n°3 : Le début et la durée du ministère de Jésus sont obscurs

 

Selon Luc 3,1 , les faits se déroulent

"la quinzième année du règne de Tibère César, lorsque Ponce Pilate était gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de la Galilée, son frère Philippe tétrarque de l'Iturée et du territoire de la Trachonite, Lysanias tétrarque de l'Abilène ",

Pilate fut gouverneur de Judée (et non procurateur comme l'indique les Evangiles) de +26 à +36 et Tibère fut empereur de +14 à +37. Donc, Luc fait commencer la prédication de Jésus en +29. 

Mais si on se penche sur l'apparition historique de cette donnée chronologique, c'est à l'hérétique Marcion que l'on doit cette information. Marcion (90/144) qui possédait le premier Evangile de Luc (un évangile trafiqué selon le Vatican, le premier évangile authentifié de Luc selon les exégètes), "le Chrestos descendit du ciel à Capharnaüm la 15e année du principat de Tibère". Il semblerait que ce soit une interprétation fautive de Marcion de ce que l'on retrouve dans le Pistis Sophia (date incertaine... 1er siècle selon les uns, 4e siècle selon d'autres) qui parlait d'une montée au ciel du Christ "le quinzième jour de la lune du mois de Tybé", Tybé/Tybi correspondant au mois de novembre/décembre selon le calendrier Egyptien (Etude complète par l'historien André Wautier). Bref, à ce sujet c'est l'histoire de la poule et l'oeuf. Qui est apparu en premier ? Impossible de statuer.

Si vous tentez de sortir un papyrus pour justifier que cette date était connue depuis longtemps, il vous faudra expliquer pourquoi au IIe siècle sur le papyrus P4, qui est le plus ancien document disponible contenant les 6 premiers chapitres de Luc, les 8 premiers versets du chapitre 3 et les 5 premiers versets du chapitre 2, c'est à dire ceux qui nous donnent les dates évoquées ci-dessus, sont totalement absents....Tout comme pour le papyrus Bodmer de la fin du IIe siècle. 

Selon les Evangiles dits Synoptiques (Matthieu, Marc, Luc), la prédication de Jésus dure une année avant sa mise à mort. Selon Jean, son ministère connait 3 paques donc 3 années. Paul n'en sait rien du tout et ne nous apprend rien du ministère terrestre de Jésus. La seule fois où il cite Jésus (Actes 20,35) c'est finalement une paraphrase du philosophe grec Thucydide (lire l'article Paul à ce sujet)

Un indice plus historique apparait avec la personne de Jean le Baptiste. Il apparait dans les Evangiles pour baptiser Jésus, il se fait arrêter et enfin décapiter (Matthieu 14, 1-20).  Nous savons par l'historien Flavius Joséphe qu'il fut mis à mort vers +35/36 pour cause d'agitation sociale après l'assassinat de son frère Philippe le Tétrarque en +34 et avant la mort de Tibère en +37. L'évangéliste Luc rapporte en 3,19-20 cet enfermement en le mettant sur une raison d'adultère. Mais la date de sa mise à mort pose problème. Comme celle de Jésus est logiquement postérieure à celle de Jean le Baptiste, nous avons donc une mise à mort de Jésus en +36 minimum. Si Pilate est bien celui qui a fait le juge pour Jésus, +36 reste une date potentiellement valide en se basant uniquement sur les Synoptiques. Mais selon Jean 3,24 l'arrestation de Jean se déroule lors de la première année du ministère de Jésus. Donc il nous faut rajouter 2 ans ce qui nous amène en +38 sous l'empereur CALIGULA !!!. Comment donc Pilate a-t-il-pu tenir un procès alors qu'il n'était plus en fonction car renvoyé fin 36 à Rome ?

Comme les chrétiens préfèrent l'Evangile à l'histoire, ils font dater la mise à mort de Jean le Baptiste en l'an 29 soit une année après le début du ministère de Jésus mais c'est une construction à rebours. (à l'heure de rédaction de cet article le Wikipedia français annonce une mort en 29 et le débat fait rage pour trouver un consensus).

En attendant, Jésus le nouveau David, commence son ministère au même âge que le roi légendaire soit "environ 30 ans" (2 Samuel 5,4 = Luc 3,23)

Fait n°4 : Jésus réussit le tour de force de mourir 2 fois un vendredi selon les Evangiles

Nous pourrions nous attendre à ce que la date de la crucifixion du personnage principal du christianisme soit clair et limpide pour tous. Il n'en est rien. 

Les Evangiles canoniques s'accordent à dire qu'il est mort à Jérusalem, un vendredi (Mc 15,42 ; Jn 19,31). Selon les 3 Evangiles Synoptiques ce vendredi correspondait au jour même de la Pâque Juive, le 15 du mois de nisan, puisque Jésus avait pris le repas pascal avec ses disciples, la veille au soir (Mc 14,12). Selon Jean, Jésus mourut l'après-midi qui précédait la fête, le 14 (Jean 18,28) ce qui correspond aux indications fournies par le Talmud (Sanhédrin 43a). Le seul vendredi 14 nisan qui tombe un vendredi pendant le mandat de Pilate est le 7 avril de l'année 30 selon le comput actuel. 

Mais comment donc Jésus a-t-il pu mourir le vendredi 14 nisan et le vendredi 15 nisan de la même année ? Et on voudrait nous faire croire que cette date est absolue ? 

Si on rajoute le fait que Marc fait mourir Jésus à la 3e heure (Mc 15,25) tandis que pour Jean c'est après la 6e heure (Jn 19,14-16) on est en droit de se demander si une seule indication chronologique contenue dans les Evangiles est valide ! 

Face à cet imbroglio et pour sauver leur chronologie prophétique, les Témoins de Jéhovah expliquent que ce sont les Juifs qui font n'importe quoi et que Jésus a célébré la Pâque correctement le 14 nisan. Mais cela ne fait que décaler alors le repas rapporté dans Jean au 13 nisan car les textes gardent toujours cette contradiction...Afin de ne pas perturber ses ouailles, la Watchtower, alias la maison-mère des Témoins de Jéhovah, met toujours un passage d'un évangile synoptique à côté d'un passage de Selon Jean en martelant le 14 pour faire oublier tout ce mic-mac à ses lecteurs peu courageux à ouvrir la Bible pour vérifier. (exemple ici

Historiquement, si Jésus fut tué par les Romains c'est qu'il fomentait une révolte politique qui n'est pas rapportée dans les Evangiles. S'il prêchait qu'il était le Messie il aurait dû être lapidé par les Juifs. Ils ne se sont pas gênés pour lapider Etienne pour quelques malheureuses insultes alors qu'il ne nomme nulle part Jésus comme nous le rapporte les Actes des Apotres. Mais quand on découvre ensuite que le judaïsme de l'époque était très tolérant envers les différents courants religieux (cf. Hyam Maccoby), on se demande bien pourquoi les Pharisiens ont fait mettre à mort un "rabbi" qui ne faisait que paraphraser l'Ancien Testament. Mais ceci est un sujet qui sera abordé dans un autre article. 

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Fait n°5 : les plus anciens témoignages des premiers pères de l'Eglise contredisent notre Nouveau Testament

Si on admet le consensus des experts comme quoi

  1. nous ne possédons pas les originaux des évangiles 
  2. ce sont des versions retouchées par l'Eglise dans un but de propagande et d'apologie de la foie chrétienne
  3. les plus anciennes traces des textes de Matthieu & Luc cités plus haut dans la forme que nous connaissons aujourd'hui ne sont pas antérieures au 4e siècle (Codex Sinaïticus & Vaticanus), 

alors il nous faut nous tourner vers les témoignages plus anciens.

Eusèbe de Césarée mentionne un rapport de Pilate à Tibère qui fait mourir Jésus en +21. Or Pilate n'était pas procurateur à cette époque. 


Pour Tertullien (150/220) dans Ad Nationes VII, les chrétiens sont connus sous ce nom depuis l'empereur Auguste. Or Auguste est mort en +14. Comment donc peut-on avoir des chrétiens alors que Jésus ne prêche pas encore ? Si Tertullien se trompe dans les dates au IIIe siècle, comment pouvons-vous continuer à croire que les Evangiles étaient fixés à cette date et que lisait Tertullien dans l'Evangile Selon Luc

Pour l'Eglise de Jérusalem dirigée par Alexandre au IIIe siècle, et en se basant sur les "indications chronologiques apostoliques" disponibles, Jésus serait né en +9, baptisé en +46 et mort sous Néron en +58 (Reinach, Harnack) ce qui rejoint Jean 8,57 qui dit que Jésus n'a pas encore 50 ans. 

Papias (70 - 155) , un des plus anciens père de l'Eglise, affirme que Jésus serait mort à 69 ans. mais quand, cela personne ne le sait et il tient ça d'un certain Jean le Presbytre.  

Selon Irénée (vers 170), dans sa Démontrations de la prédication apostolique (74,247-248) , Jésus serait mort sous l'empereur Claude (41-54)  et "proche de la cinquantaine, et touchant à la vieillesse" . Il tenait cette information de Polycarpe, un des 4 père apostoliques (ayant connu les Apôtres). 

Selon Origène (185/253)  dans Contre Celse, I, 58, c'est Hérode le Tétrarque (le contemporain de Pilate) qui aurait reçu les Rois Mages... Mais selon les Actes des Apôtres, Hérode meurt "rongé de vers" (12,23) après les aventures de Jésus. Selon Flavius Josèphe, historien Juif du 1er siècle, (Guerre des Juifs, I,33.5), c'est Hérode le Grand qui est mort ainsi en -4. Ce qui est contrariant c'est que le terme "Tétraque" donné dans l'Evangile Selon Matthieu et celui Selon Luc est un anachronisme. Ce titre grec est ignoré des historiens romains. Il n'existe pas à Rome au temps d'Auguste. La dignité de tétrarque y est créée en 335 de l'ère julienne (291 de notre ère) quand l'empire est divisé en 4 principats que gouvernent Dioclétien, Maximien, Galère et Constance Chlore. Sans doute cette division de la Palestine a‐t‐elle été suggérée par une plume pieuse dans l'œuvre  de Flavius Josèphe, premier auteur à appliquer l'appellation detétrarchie à un territoire sous l'autorité romaine. Tromperie d'autant plus évidente qu'à l'origine, chez les Macédoniens, le tétrarque est le chef d'une décurie de laphalange, et que la tétrarchie évangélique apparaît lors du partage du territoire d'Hérode entre ses 3 fils. Flavius Josèphe écrit que César (Auguste) attribue le titre de gouverneur et la moitié du royaume à Archélaos et divise l'autre moitié en « deux tétrarchies » l'une à Philippe, l'autre à Antipas. On imagine mal Auguste désigner en grec une subdivision administrative de Rome. 

Victorin de Pettau (mort en 303) nous annonce ceci : 

« Le 8 des calendes de janvier (25 décembre) est né notre Seigneur Jésus-Christ, sous le consulat de Sulpicius Camerinus, et il a été baptisé le 8 des ides de janvier (6 janvier) sous le consulat de Valerianus Asiaticus. Il a souffert la passion le 10 des calendes d'avril (23 mars, alors qu'étaient consuls Néron pour la troisième fois et Valerius Messala »

Jésus serait né donc sous Sulpicius Camerinus en +9 quand il était consul ( Suétone, Vie de Vespasien, II, 1)), baptisé en +41 ou +46 sous le consulat de Valerianus Asiatacus et mort sous le consulat de Messal soit en +58 selon Tacite (Tacite, Annales, XIII, 34,1)

Epiphane de Salamine (315/403), nous rapporte dans son Panarion 29, une secte chrétienne qui affirmait que le Messie était mort sous Alexandre Jannée  vers -80 . Tertullien avec ses chrétiens en +14 aurait-il raison ? 

Selon Jérôme de Stridon dit Saint Jérôme (Tableau des Ecrivains Ecclesiastiques voir ici), Paul serait mort la 2e année du règne de Néron soit la vingt-deuxième année de la Passion du Christ. Néron ayant commencé à régner le 13 octobre 54, sa deuxième année est donc en 56, ce qui nous donne la Passion en +34. Mais là où on ne comprend plus c'est que Jérôme fait mourir Paul le même jour que Simon Pierre à savoir "la quatorzième et dernière année" du règne de Néron soit en 68 tout en précisant pour Paul que c'était "37 ans après la Passion du Seigneur". Un calcul nous donnant 68 -37 étant égal à 31, Jérôme réussit le tour de force de faire mourir le Christ en +31 et en +34. En attendant, les informations de Pierre à Rome par Jérôme contredisent le Nouveau Testament qui n'en parle absolument pas. La seule géolocalisation donnée par les Actes des Apotres pour Pierre est à Jérusalem et Antioche. Quand à ses 2 lettres que nous possédons, ce sont des écrits non authentiques (même si Jérôme affirme le contraire) avec une seule référence d'une personne à Babylone et non à Rome (à moins d'y trouver une critique théologique alambiquée...). Jérôme n'explique pas comment les Juifs de Rome par Paul ne connaissent rien à Jésus (Actes 28) alors que Pierre est soi-disant le pape sur place depuis 19 ans !

Grégoire de Tours, évéque du 6e siècle, prétend dans son Histoire des Francs, livre I que Jésus naquit la 43ème année du règne d'Auguste (soit en +17) et meurt la 17ème année du règne de Tibère (+31).  Pilate aurait donc crucifié un gamin de 14 ans ! Vous me direz que Grégoire de Tours n'est pas très fiable car il déclare aussi  : "Beaucoup pensent que Pilate était manichéen" . Elle suppose, dans l'esprit de celui qui l'exprime, que le manichéisme précède le christianisme. Pour la petite histoire, Mani, l'envoyé perse de Dieu, verrait le jour vers 216 sous le règne de Caracalla, l'empereur né à Lyon. Grégoire ne doit pas très bien connaître la vie de Mani ou bien, ne disposant pas de l'ère chrétienne, il ignore l'histoire de Rome. Mais l'évêque tourangeau précise : "Un grand nombre croient qu'il était manichéen d'après ce qu'on lit dans l'évangile : "quelques-uns vinrent dire à Jésus ce qui s'était passé touchant les Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang à ceux de leurs sacrifices." il s'agit ici du premier verset actuel du chapitre 13 de l'évangile de Luc. A quels sacrifices laissant présumer de l'appartenance manichéenne de Pilate est-il ici fait allusion ? Dans tous les cas au 6e siècle, Grégoire de Tours ne possède pas l'Evangile de Luc "officiel" que nous possédons. 

Rajoutons qu'Arnobe, un apologète chrétien du IIIe siècle, fustigeait les païens qui célébraient un jour spécifique pour la naissance de leur dieu. De toute évidence pour lui, Jésus n'avait pas de jour de naissance. Ce qui est normal pour un dieu, moins pour un homme né d'une vierge que l'on aurait divinisé selon les historicistes. 

A chaque fois on se demande bien dans quels évangiles nos pères de l'Eglise ont trouvé toutes ces informations. Si les 4 évangiles étaient ceux que nous possédons aujourd'hui, pourquoi donc nos apotres prêchaient-ils le contraire de ce qui est écrit et lisible par tous ? 

Si nous remontons encore plus tôt, nous retrouvons les écrits dits apocryphes (c'est à dire cachés) des premiers temps de l'Eglise. Nous pouvons citer l'Epitre de Barnabé, le Pasteur d'Hermas, le Didaché, les 2 lettres de Clément de Rome, la lettre de Polycarp, les épitres d'Ignace. A l'exception des épitres d'Ignace, tous ces écrits partagent à chaque fois la même vision :

  • absence total d'un Jésus Christ selon la chair mais seulement un Jésus spirituel
  • aucune allusion à des évènements historiques de Jésus de Nazareth
  • aucun détails que l'on peut retrouver dans les évangiles. Ni les miracles, ni Ponce Pilate et encore moins les lieux cités dans nos évangiles canoniques

C'est un silence assourdissant auquel on assiste. Seul Ignace (mort vers 110) parle dans sa Lettre à Smyrne de la naissance virginale et de Ponce Pilate ainsi que de l'allusion à un évangile écrit. Les lettres d'Ignace sont l'objet d'une polémique vieille depuis le XVIIe siècle, et si tout le monde ne les déclare pas faux, tous les reconnaissent interpolés à mains endroits. Bref, les lettres d'Ignace ne sont toujours pas une garantie que Jésus fut bien crucifié sous Pilate et vu le nettoyage opéré par l'Eglise de tout écrit contraire au dogme à partir du IVe siècle il est plus que douteux que les allusions à Pilate soient d'origine.

 

Le professeur Bart Ehrman de l'université de Chapel Hill en Caroline du Nord nous apprend dans son livre Whose Word is it ? The Story Behind Who Changed the New Testament and Why qu'au IIe et IIIe siècle il y avait de très nombreux groupes chrétiens qui professaient des choses complètement différentes. Certains affirmaient qu'il y avait un seul Dieu, d'autres 2 Dieux, les gnostiques en comptaient 12, d'autres 30 et enfin certains 365. Enfin certains groupes de chrétiens insistaient pour dire que Christ n'était jamais mort. D'où la remarque d'Ehrman :

 

Pourquoi ces groupes ne lisaient-ils pas tout simplement leur Nouveau Testament pour se rendre compte que leurs croyances étaient fausses ? Tout simplement parce-qu'il n'y avait pas de Nouveau Testament. Bien que tous les livres du Nouveau Testament furent rédigés à cette époque, de nombreux autres écrits se réclamant des apotres de Jésus existaient en parallèle - d'autres évangiles, actes, épitres et apocalypses qui avaient des visions différentes des écrits qui allaient ensuite se faire appeler le Nouveau Testament. - p.152-153

 

Bref, au IIe et IIIe siècle de notre ère, personne ne sait vraiment quand Jésus a vécu et les témoignages sont si contradictoires que les critiques de cette nouvelle religion ne peuvent s'empêcher de dire 

La vérité est que tous ces prétendus faits ne sont que des mythes que vos maîtres et vous-mêmes avez fabriqués, sans parvenir seulement à donner à vos mensonges une teinte de vraisemblance, bien qu'il soit de toute notoriété que plusieurs parmi vous, semblables à des gens pris de vin qui portent la main sur eux-mêmes, ont remanié à leur guise, trois ou quatre fois et plus encore, le texte primitif de l'Évangile, afin de réfuter ce qu'on vous objecte. - Celse, IIe siècle, Discours Vrai

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Fait n°6 : Aucune source non chrétienne ne confirme l'existence d'un Jésus de Nazareth au 1er siècle

Si les Juifs rapportent bien la pendaison d'un Jésus dans le Talmud (Sanhédrin 107b),  c'était sous le roi juif Alexander Janneus (-103/- 76) ce qui le fait naitre 120 ans avant sa propre naissance. Voilà pourquoi le Talmud rapporte :

"Il naquit dans la quatrième année du règne du roi juif Alexander Jannaeus, en dépit des assertions de ses disciples selon lesquelles il serait né pendant le règne d’Hérode."(Source)

Ce Jésus aurait monté une secte. Donc nous aurions des chrétiens avant la naissance sous Hérode, avant la prédication, avant les miracles, avant son sacrifice....

En écho, nous avons les manuscrits de la bibliothèque de Qumran qui contiennent des textes allant du IIIe siècle avant notre ère jusqu'à 68 de notre ère. Aucune trace d'un quelconque Jésus. Par contre nous apprenons qu'il existait un Maître de justice qui passait pour un envoyé divin qui devait parfaire le coeur des Juifs et monter une congrégation. Il fut persécuté, subit la torture et la crucifixion et ses disciples attendaient son retour. Le problème est que les spécialistes datent ce personnage à la fin du IIe siècle avant notre ère (vers -170)...

Les historiens étaient nombreux dans l'empire Romain et la Palestine toujours en agitation a fait l'attention des  chroniqueurs de l'époque. Mais comme le dit Michel Gozard dans son livre Jésus ? Une histoire qui ne peut pas être de l'histoire :

"Il n'y a rien dans les ouvrages du Juif Philon, mort vers 54 de notre ère à Alexandrie. C'est compréhensible : ce philosophe n'a pas vécu en Palestine et n'était pas historien. C'est moins compréhensible pour Juste de Tiberiade. Cet historien galiléen, né vers les années trente, a écrit une histoire de la guerre des Juifs contre les Romains et une chronique qui allait de Moïse jusqu'à la fin du Ier siècle. D'après Photios, patriarche de Constantinople qui pouvait encore lire ces textes au IXe siècle, il n'y était pas question de Jésus "

Flavius Joséphe (37/100) est le grand historien Juif appelé à la barre pour justifier de l'existence historique de Jésus. Dans son Autobiographie il parle de l'année +53 et du recensement des sectes existantes :

 

«  Et quand j’ai eu à peu près 16 ans, j’eus dans l’idée de recenser les différentes sectes qui étaient parmi nous. Ces sectes, les voici : la première est celle des Pharisiens, la seconde celle des Saducéens et la troisième celle des Esséniens, dont je vous ai souvent parlé ; et je pensais que par ce moyen, je pourrais choisir la meilleure si j’en faisais partie ; alors, j’ai payé le prix dur, et fait face à de nombreuses difficultés, et je fis partie de toutes ces sectes. »

 

Suivant la chronologie chrétienne, en 53 ap. J.-C., Paul prêche ardemment et convertit de nombreuses personnes, Jésus est mort depuis 20 ans, les chrétiens se multiplient, des foules ont suivi Jacques, Pierre et Paul, une Eglise est toujours présente à Jérusalem et un évangile, ne comportant que de des paroles de Jésus (la source Q que l'on retrouve dans les évangiles attribué à Matthieu et à Luc) serait déjà en circulation.

Pourtant, Flavius Josèphe, qui désire se faire un avis des différents mouvements religieux à cette date, n'en parle absolument pas. Ce silence inquiétant amène à se demander si les chrétiens existaient déjà à l'époque en tant qu'entité à part et amène aussi le doute même sur l'existence de disciples de Jean le Baptiste que nous rapportent les évangiles et qui auraient vécus jusqu'au IXe siècle d'après certains historiens. 

Quoiqu'il en soit, les différentes versions que nous avons du célèbre Testimonium Flavianum proviennent toutes de l'Eglise et la première occurence apparait seulement au IVe siècle avec Eusèbe de Césarée.

Depuis Voltaire, plus aucun chercheur sérieux non-chrétien ne croit à l'authenticité et à l'intégrité de ce témoignage. Les chercheurs chrétiens tentent alors tous les subterfuges. Pour les uns la version du texte slave (qui rajoute encore plus de merveilleux au récit) est la seule authentique (Eisler) , pour les autres il suffit de supprimer le merveilleux du texte pour retrouver l'original  (Nodet, Bardet), comme si en supprimant le merveilleux de l'histoire des dieux grecs on les rendait plus historiques. Enfin les derniers disent que l'absence de la présence de Jésus dans les écrits de Flavius Josèphe est la meilleure garantie de son existence (Pascal, Bousset)... Bref, le Titanic reste insubmersible pour certains...

La seconde mention de Jésus concerne non as Jésus mais "Jacques dit frère de Jésus, nommé Christ" qui aurait été lapidé en +62 sous le roi Agrippa. Là encore le "nommé Christ" est plus que douteux de la part d'un Juif pieux et trop vague étant donné que Christ est une traduction grecque de "Messie" en hébreu. Les messies pullulèrent au Ier siècle et pour le ratacher à Jésus de Nazareth, il faut attendre la défaite de Bar Kochba en +135 par Hadrien. Flavius Josephe est mort avant cet évènement donc le terme "Le Christ" n'avait aucun sens pour ses lecteurs. Sachant aussi qu'il y avait un autre Jésus venant de Galilée qui se prennait pour le Messie (Autobiographie), Flavius Joséphe aurait précisé qui était le père de ce Jésus. Comme le dit Voltaire dans son Dictionnaire philosophique (chap.V) :

« Les chrétiens, par une de ces fraudes pieuses, falsifièrent grossièrement un passage de Flavius Josèphe. Ils supposent à ce juif, si entêté de sa religion, quatre lignes ridiculeusement interpolées ; et au bout de ce passage ils ajoutent : Il était le Christ. Quoi ! Si Josèphe avait entendu parler de tant d'événements qui étonnent la nature, Josèphe n'en aurait dit que la valeur de quatre lignes dans l'histoire de son pays! Quoi ! ce Juif obstiné aurait dit : Jésus était le Christ. Eh ! si tu l'avais cru Christ, tu aurais donc été chrétien. Quelle absurdité de faire parler Josèphe en chrétien! Comment se trouve-t-il encore des théologiens assez imbéciles ou assez insolents pour essayer de justifier cette imposture des premiers chrétiens, reconnus pour fabricateurs d'impostures cent fois plus fortes ! »

— VoltaireDictionnaire philosophique, rubrique « Christianisme »

Pour terminer, si une existence minimale d'un certain Jésus crucifié sous Pilate existait dans les livres de Flavius Josephe, alors les pères de l'Eglise se seraient empressés de le citer dans leur défense contre les païens. Or c'est plutôt le contraire qui se passe. 

Du côté des autres historiens romains, nous obtenons les textes à chaque fois par l'Eglise qui était le conservateur de ces données.

Pline le Jeune (61-114) nous apprend au mieux qu'il y avait des chrétiens en Asie mineur vers +111.

Suétone (69 -125) nous apporte des échos d'agitateurs au nom de Chrestos (et non Christos) vers +120. Or Chrestos est un nom d’esclave que l’on trouve sur des centaines de tombes. Mais même en lisant « christos », cela veut dire « messie ». Or tous les Juifs attendaient le Messie. Donc cela ne prouve pas l’existence d’un messie Jésus de Nazareth.

Tacite (55 - 118) rapporte le massacre des chrétiens sous Néron à cause de l'incendie de Rome en +64. Ces Annales  datées de +115 apparaissent à la fin du Moyen Age. Les romains célèbres de l'époque comme Seneque (-4/+65) , Martial (40/102) ou Juvenal (50/127) qui parlent en long et en large des évènements historiques à Rome n'ont jamais entendu parler des chrétiens ! Même son de cloche chez les historiens chrétiens. Meliton de Sarde, Tertullien, Lactance et Eusèbe de Césarée, l’historien de l'empereur Constantin,  n’ont jamais entendu parler de cette persécution de chrétiens par Néron pour cause d'incendie. C'est donc un faux, position connue depuis 1890 avec l'étude de Polydort Hochard, ou au mieux un texte dont le fond est authentique (il y avait plusieurs cultes illicites à Rome donc Néron a très bien pu faire accuser quelques sectaires) mais qui a été retouché par les scribes chrétiens. 

Lucien de Samosate (125 - 192) prouve l’existence de chrétiens à la fin du second siècle et non l’existence de Jésus Christ au premier siècle.

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Fait n°7 : personne ne pourra jamais affirmer avec une certitude absolue quand est né Jésus, combien de temps il a vécu, et quand il est mort

Quand bien même Stéphane Bern nous sorte un reportage sur Jésus comme un personnage historique dans  son Secret d'Histoire "Un homme nommé Jésus" en mai 2013, l'existence historique d'un homme nommé Jésus de Nazareth est sujette à caution.  Stéphane Bern omet sciemment de nous préciser que la ville nommée Nazareth dans les Evangiles n'a rien à voir avec la géolocalisation de la Nazareth moderne qui ne possède ni de falaise pour précipiter Jésus (Luc 4, 28-29) ni de lac à proximité sinon quoi Jésus et ses disciples auraient dû à ramer sur des cailloux pendant 40 km (Mat 14,13) ! Les spécialistes ont cessé de rattacher Jésus le nasaréen à Nazareth depuis longtemps. 

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Le plus stupéfiant est d'entendre dans ce reportage diffusé sur une chaine publique, à la 17e minute, l'historien Jean-Christian PETITFILS dire que nous pourrions dater la naissance du Christ en -7 à cause de la "conjonction de Jupiter et de Saturne dans le ciel" et qui correspondrait à "l'étoile des Bergers/ de Bethléem". Diable ! Cette historien a-t-il seulement ouvert une fois une Bible pour se rendre compte qu'il raconte n'importe quoi ? 

La seule étoile est celle qui guide les mages depuis l'Orient jusqu'au dessus de l'étable dans Matthieu 2. 

Et voici, l'étoile qu'ils avaient vue en Orient marchait devant eux jusqu'à ce qu'étant arrivée au-dessus du lieu où était le petit enfant, elle s'arrêta. Quand ils aperçurent l'étoile, ils furent saisis d'une très grande joie. (Matthieu 2, 9-10)

Que Jean Christian PETITFILS nous explique comment une planète (car il confond planète et étoile) peut s'arrêter juste au-dessus d'une étable en position statique à la manière d'un hélicoptère ? Le fait est que cet historien ne sait absolument pas que pour les rédacteurs des évangiles les étoiles sont des luminaires attachés par des cordages au plafond céleste qui est solide. 5 minutes de reportage avec l'interview d'un astronome, d'un historien illettré, plus une représentation du ciel de Bethléem en -7 et un méli-mélo entre l'étoile des bergers (aucune étoile n'est apparue aux bergers dans Luc 2) & les planètes du systèmes solaires un peu plus visibles pour nous faire croire que la date de la naissance de Jésus est justifiée par le ciel, c'est prendre les télespectateurs pour des pécores ! 

Passons. La seule chose que nous soyons sûr à 100% c'est que Jésus n'a rien écrit. Tout ce que nous avons sont:

  • pour les plus anciens des témoignages de 2e ou 3 génération de personnes ayant connu les apotres (les témoignages patristiques) et non de Jésus lui-même, 
  • 94 évangiles et autres récits de Jésus dont seul 27 furent retenus dans le Nouveau Testament comme canoniques en 1546 au Concile de Trente  après tellement de maints remaniements que plus aucun savant ne croit que nous lisons les originaux dans nos bible modernes
  • une collection de faux témoignages créées de toutes pièces par l'Eglise afin de justifier le bien fondé de son fondateur quand bien même le Jésus des evangiles n'a jamais demandé de constuire une église ou même une cathédrale à son nom ! 
  • un silence assourdissant des principales personnalités de l'époque (en Palestine ou dans le reste de l'empire Romain) qui aurait pu témoigner, à défaut de sa résurrection, de son existence historique.  

Conclusions

 

Aujourd'hui, quand bien même nous voyons que la chronologie de la vie de Jésus est une construction basée sur de la légende par des rédacteurs peu soucieux de la capacité intellectuelle de leurs lecteur, 2 milliards de personnes croient sur Terre que Jésus est un personnage fondamental dans l'histoire. Cet article renverse cette certitude mais n'empêchera jamais aux chrétiens de continuer à prêcher l'existence de cette figure mythologique comme l'on fait les prêtres egyptiens pour Osiris ou Horus.

Sur Wikipedia on continue à affirmer que l'existence de Jésus a été validée par Charles Guignebert en 1933 dans son ouvrage Jésus. Cette position bien défendue par certains zélotes catholiques et protestants qui se réfugient derrière l'athéisme de Guignebert pour justifier son impartialité, oublient que cela fait 80 ans que Guignebert a publié cet écrit, qu'il s'est passé bien des choses dans la recherche et les découvertes (Nag Hammadi, Qumran, l'Evangile de Thomas..) et que de nouvelles démonstrations sont venues appuyer la connaissance critique que nous avons de ce personnage.

Selon la méthode de comptage, il existe entre 200 000 et 400 000 variations observables dans les plus de 5 400 manuscrits que nous possédons du Nouveau Testament (Ehrman). En d'autres termes, il y a plus de variations dans les manuscrits du Nouveau Testament qu'il n'en contient de mots ! Est-il nécessaire de souligner qu'il est peine perdue de trouver la trace d'une quelconque mélodie fondamentale dans cette cacophonie scripturale ? 

Quand bien même, le Jésus de Guignebert reste toujours une référence pour sa qualité, en synthèse nous ne pouvons que confirmer l'analyse d'Alfaric à son sujet :

Je ne crois pas trahir la pensée de Guignebert en résumant de la façon suivante les trois parties du gros ouvrage où il étudie tour à tour la vie, l'enseignement et la mort de Jésus : Quelqu'un, on ne sait qui, dont le nom même n'est pas sûr, enseigna on ne sait quoi au sujet du Royaume de Dieu prédit par les prophètes, et périt on ne sait comment ni quand, ni pour quel motif, sur une croix" - Prosper Alfaric,  A l'école de la raison. p.156

 

Sachant que les seuls aujourd'hui à mener des recherches historiques dans le cadre académique sont des chrétiens qui se signent toutes les semaines devant une croix ou la Bible, les rares agnostiques ou athées se bornant à dire que l'"on ne sait rien avec certitude sauf que le décor en toile de fond des Evangiles à un semblant d'historicité" (comme l'est tout autant l'univers d'Astérix), il n'est pas étonnant que les thèses mythistes ('Jésus est une légende') ou naturalistes ('un Jésus historique a existé mais il n'a rien à avoir avec la biographie des evangiles') continuent toujours à vivre. Jésus est comme le mythe de l'Altantide. Tout le monde souhaite le trouver mais il reste une utopie de la recherche. 


Conséquences pour la chronologie des Témoins de Jéhovah

Pour dater l'apparition du Messie, sa mort et son retour, les Témoins de Jéhovah se basent principalement sur un système de calcul alambiqué (appelé le Temps des Gentils) basé majoritairement sur  :

- le livre de Daniel chapitre 9 que tous les experts reconnaissent depuis Montgomery en 1927 comme étant rédigé au IIe siècle (le livre de Daniel). C'est à dire AVANT la naissance de Jésus alors que les témoignages rédigés APRES la naissance de Jésus 1/ contredisent cette chronologie 2/ prouvent que personne ne peut donner une date précise. 

- le livre Selon Luc (chap 21) dont la fixation du texte ne date pas d'avant le IVe siècle comme nous l'avons vu ci-dessus et qui "fut reçu differemment suivant les Eglises, amendé en fonction des tendances de leur foi et amélioré quand il était nécessaire face aux critiques" (Guignebert) .  

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Comme le disait le spécialiste Mathias DELCOR : 

Les anciens exégètes ont voulu donner de plus larges dimensions à cette prophétie des semaines en s'efforçant de l'appliquer directement au Christ. Les nombreuses interprétations qui ont longtemps encombré les commentaires sont maintenant considérées comme caduques par la plupart des exégètes modernes, surtout celles qui essayaient de faire que le calcul des temps aboutisse mathématiquement à la naissance de Jésus - Matthias DELCOR, "Le livre de Daniel", Paris, Gabalda (Sources Bibliques), 1971, p.203.

Dès lors, baser sa vie sur l'espérance d'un retour du Christ sur Terre suivant des calculs chronologiques qui se basent sur du sable équivaut à sauter d'un avion sans parachute en pensant que la prière suffira à éviter la mort. Folie. 

Il est évident que l'ultra-majorité des Témoins de Jéhovah ne connait pas les éléments exposés dans cet article alors qu'ils sont bien connu depuis plus d'un siècle au niveau de tous les experts, peu importe leur confession. Mais après tout "la foi est une ferme démonstration (...) des choses que l'on ne voit pas" comme le dit l'Epitre aux Hébreux (11,1).   

 

Sources : 

AMBERLAIN, Robert, Jésus ou le mortel secret des Templiers, ed. Robert Laffont, 1970

ALFARIC Prosper, A l'école de la raison : études sur les origines chrétiennes, éd. Nouvelles éditions Rationalistes, 1988

ALFARIC, Prosper, Jésus a-t-il existé ? reed. CODA, 2005

BIEMONT E. , Rythmes du temps, Astronomie et calendriers, De Boeck Université, Paris - Bruxelles (2000). p.68 

BOURGEOIS Nicolas, Une invention nommée JésusOpium du peuple, 2008. 

COLLECTIF, Aux origines du christianisme, ed. Folio histoire, 2000

DELCOR Mathias, Le livre de Daniel", Paris, Gabalda (Sources Bibliques), 1971

EHRMAN Bart, Les Christianismes disparus , Bayard Jeunesse, 2007

EHRMAN Bart, Whose word is it ?, ed.Continuum International Publishing Group Ltd. 2008

GENOT-BISMUTH, Jacqueline, Le scénario de Damas. Jérusalem Hellénisée et les origines de l’Essénisme, Paris, de Guibert, 1992

GOZARD, Michel, Jésus ? Une histoire qui ne peut pas être de l'histoire, Publibook,  2002

GUIGNEBERT Charles, Jésus, reed Albin Michel, 1970

GUIGNEBERT Charles, Le Problème de Jésus, 1914, Coda, 2008

MACCOBY Hyam, Paul et l'invention du christianisme, ed. Lieu commun, 1970

MARGUERAT Daniel & collectif, Introduction au Nouveau Testament : son histoire, son écriture, sa théologie, ed. Labor & Fides, 2008

MEBARKI Farak et Emile Puech, Les manuscrits de la Mer Morte, Editions du Rouergue, 2009

REINACH Salomon, Cultes, Mythes et Religions, rééd. Robert Laffont, 1996

REINACH Salomon, Orpheus, Histoire générale des religions, reed. L'Harmattan, 2002

ROCHEMAN, Lionel, Jésus : Enigmes & Polémiques, ed. Jacques Grancher, 2000. 

VANEIGEM Raoul, La Résistance au christianisme. Les Hérésies, des origines au XVIIIe siècle, ed. Fayad, 1996 

VEYRMELEN Jacques , "Daniel" dans Introduction à l'Ancien Testament, Édition Labor et Fides, 2009. p. 573-582

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Commentaires (2)

Claude Gétaz
  • 1. Claude Gétaz (site web) | 27/09/2017
Toutes les religions sont parties d’un fondateur au tempérament exceptionnel, à l’exemple de Moïse, Zoroastre, Bouddha, Jésus ou Mahomet, pour ne citer que les principaux fondateurs.

A partir de là, la question est de savoir si ces hommes furent divinisés, ou non, après leur mort, par leurs partisans, ou si, comme dans le cas de Jésus, ils furent d’emblée divins ?

On précisera que, dans le cas de Jésus, voir, en lui, un être divin de naissance, et, qui plus est, le Fils Unique de Dieu, pareil discours est celui d’un Chrétien, puisque c’est cette croyance-là, une fois associée au fait que Jésus avait ressuscité du Monde des Morts et était monté au ciel, qui fait que, pour un Chrétien, Jésus est le Christ, autrement dit une créature unique dans l’histoire de l’humanité.

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Tout ceci étant dit, on doit considérer que le christianisme a pris naissance à un moment de l’Histoire où la religion dominante était le polythéisme, sauf en Palestine, où les descendants des Hébreux adoraient le seul dieu Yahvé depuis des temps d’ailleurs immémoriaux, plus précisément depuis que Moïse avait reçu le Décalogue, de Yahvé, au sommet du Sinaï.

Pour en revenir au polythéisme de l’époque, si nul ne contestera ce point en étudiant la religion telle qu’elle était pratiquée en Mésopotamie, en Égypte, en Grèce, à Rome, ainsi que dans les autres régions du monde, au temps de l’Antiquité, en revanche bien peu de gens savent que cette religion-là se référait au sabéisme.

Cela signifie que les acteurs des Livres Sacrés étaient, à un deuxième niveau de lecture, des astres, chose qui valait également dans le cas de la Bible.

Il faut néanmoins préciser que dans le cas de la Bible, toute la trame qu’on lit dès le Livre de Josué, nous mettait dans l’Histoire, elle qui était celle du Peuple Juif à ses débuts, et que tout ce qui venait avant était du domaine du sabéisme.

Et parce que les Evangiles ont situé la vie de Jésus au premier siècle d’une ère qui débuta avec lui, il est bien évident que l’on ne peut faire l’impasse sur cet homme.

Mais quand à dire qu’il naquit, vécut et mourut à telle époque précise, c’est là un point de vue que l’on peut discuter à l’infini en s’appuyant sur des Evangiles qui, en se contredisent les uns les autres, s’agissant de sa naissance, font que le débat ne sera jamais clos.

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Mais c’est un autre point que je voudrais souligner ici.

Dans la mesure, en effet, où le sabéisme était encore à l’œuvre, au temps de Jésus, on peut considérer que lui-même, Jésus était, dans ce sabéisme-là, le même genre de personnage que Mithra, Horus, ou Adonis, qui eux aussi étaient, à un deuxième niveau de lecture, des personnages sabéens.

C’est donc une religion au dual qui se présentait devant nous, à l’époque de l’Antiquité, avec, d’un côté, des hommes sur terre qui se distinguaient, comme dans le cas de Moïse, Bouddha, Zoroastre ou Jésus, par leur tempérament exceptionnel, et avec, de l’autre, leur doublure au ciel sous la forme d’astres au profil particulier.

Mais parce que le sabéisme disparaîtra complètement dès la seconde partie du premier millénaire de notre ère (ses derniers représentants ayant vécu en la cité d’Harran au temps de la naissance du Mahométisme et de l’Islam), plus aucun analyste n’écrira désormais que les Textes Sacrés de l’Antiquité étaient des livres sabéens, et ce quelle que soit sa religion (qu’il s’agisse du judaïsme, du christianisme, ou de l’Islam, toutes se ressemblant en cela qu’elles sont toutes les trois des religions monothéistes).

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Dans mes travaux, le lecteur trouvera tout ce que l’on peut dire sur Jésus quand celui-ci était regardé comme un personnage sabéen plutôt que comme sa contrepartie terrestre sous les traits d’un homme ayant vécu en Palestine à l’époque du préfet/procurateur Ponce Pilate.

C’est donc un Jésus mythique, ou objet d’une thèse mythiste, que j’ai choisi de présenter au lecteur, dans ces travaux, et ceci par respect pour ce sabéisme que je considère avoir été la religion majeure des hommes durant une très grande partie de l’Antiquité.

Ce qui ne veut pas dire que j’ignore l’homme Jésus ayant vécu en Palestine au premier siècle de l’ère chrétienne. Mais ce que je souhaite montrer au lecteur, c’est que tous les personnages mentionnés dans les Evangiles, ainsi que les lieux de leurs exploits, avaient leur doublure, au ciel, sous la forme d’entités sabéennes au profil déterminé.

J’ajoute, puisque l’article susmentionné cite un auteur - Jean Christian Petitfils – qui a situé la naissance de Jésus au septième siècle av. JC en s’appuyant sur la conjonction des planètes Saturne et Jupiter, que c’est là typiquement le point de vue d’un historien qui est devenu, l’espace d’un instant, un astrologue dont le but est de dater, à partir du mouvement des astres, un événement terrestre au profil déterminé.

Or le sabéisme n’avait rien à voir avec cela, puisque, pour ses auteurs, les personnages terrestres s’identifiaient eux-mêmes, dans leurs livres, à des astres au profil déterminé.
Jean Bendor
  • 2. Jean Bendor (site web) | 15/08/2016
Cet exposé montre une bonne connaissance du sujet. Néanmoins, il sera démontré, dans le futur, que tout le monde se trompe aussi bien sur les dates de naissance et de crucifixion de Jésus. A cet égard, il s’avère que les premiers historiens auraient confondus « histoire et prophétie » et je me demande comment ils ont pu faire coïncider le futur apocalyptique et l’histoire romaine, chronologie et datation comprise.
Certes, je n’ai aucune preuve ou argument à proposer, pour ce faire il me faudrait écrire un long ouvrage. Encore que tout soit déjà écrit, dans les livres d’histoire, dans les antiques ouvrages grecs et latins ou même d’autres cultures et enfin, dans les mythes et légendes du monde entier.
Mes investigations m’ont amené à la conclusion, que le soleil vivait ses derniers instants. Les premiers signes se manifesteront par un agrandissement notable et une ardeur accrue. Les fondements de notre civilisation seront alors remis en question.

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Date de dernière mise à jour : 12/08/2014