Paul et ses contradictions

Paul est-il l'inventeur du christianisme ?

Paul par RUBENS L'apôtre Paul (ou Saint Paul pour les catholiques) est un personnage emblématique dans le Nouveau Testament. Non seulement il occupe une place de choix par ses épitres qui occupent 51 % du corpus mais en plus il est un acteur principal dans le livre Les Actes des Apotres.

 Voici une courte description de cet homme : 

Paul de Tarse (portant aussi le nom juif de Saul) ou saint Paul pour les Chrétiens (né v. 8 à Tarse, en Cilicie (aujourd'hui İçe, en Turquie) – mort v. 64 - 67 à Rome) est l'une des figures principales du christianisme tant par le rôle qu'il a joué dans son expansion initiale auprès des polythéistes de certaines régions de l'Empire romain (appelés Païens dans le Nouveau Testament), que par son interprétation de l'enseignement de Jésus.

Selon le livre des Actes des Apôtres et certaines de ses Épîtres, Paul revendique la qualité d'« apôtre » de Jésus-Christ qui lui serait apparu quelque temps après sa crucifixion et l'aurait converti. Le mot « apôtre » désigne alors un envoyé de la communauté de Jérusalem, il ne prendra le sens de membre du groupe des douze qu'aux siècles suivants.

La chronologie est très obscure. Voici donc les dates conjecturées :

  • 36 Conversion de Paul. Il se rend en Arabie
  • 39. Paul à Jérusalem. Il prêche en Syrie et en Cilicie
  • 49. Conférence à Jérusalem. Paul en Galatie et en Troade
  • 51. Paul en Macédoine
  • 53. Paul à Corinthe, en Achaïe
  • 54. Paul à Jérusalem, à Antioche, à Ephèse
  • 57. Paul en Macédoine, en Achaïe, à Philippes, à Jérusalem
  • 58-60 Paul emprisonné à Césarée
  • 61-63. Paul en prison à Rome
  • 64. Mort de Paul. 

Les écrits du Nouveau Testament : une source fiable sur Paul ? 

Paul est un personnage important dans le Nouveau Testament. Il est bien entendu celui qui s'exprime dans ses épitres, mais son histoire est racontée dans les Actes des Apotres

Les Actes des Apôtres : 

Ce livre sert d'outil de datation à l'histoire paulinienne et la datation des épitres. Toutefois, on est en droit de se poser des questions à propos de cet ouvrage. 

  1. L'auteur : D'après la tradition, il n'y aurait qu'un seul auteur, à savoir Luc qui aurait écrit aussi l'Evangile. Certains exegètes avancent même que l'Evangile Selon Luc et Les Actes des Apotres ne faisaient qu'un au départ. (cf. Daniel Marguerat). Si l'auteur des Actes est le même que celui de l'Evangile Selon Luc, comment peut-il dire dans les Actes que Jésus est apparu pendant quarante jours après sa résurrection et dire dans son évangile qu'il est monté au ciel le jour même de sa résurrection (Lc 24,51) ? - Depuis Boismard et Lamouille ont démontré qu'il y avait au moins 3 auteurs M.E. Boismard et A. Lamouille, Les Actes des deux Apôtres, 5 volumes dont 4 déjà parus, Paris Gabalda, 1990-1994. 

  1. Le respect de l'histoire. L'auteur (les auteurs) ne semble pas contemporain des évènements. La meilleure preuve concerne :
    •  le discours de Gamaliel qui est entaché d'erreurs. Ainsi Les Actes des Apotres comporte deux anachronismes flagrants au chapitre 5 :35-40 :

Mais un pharisien, nommé Gamaliel, docteur de la loi, estimé de tout le peuple, se leva dans le sanhédrin, et ordonna de faire sortir un instant les apôtres. Puis il leur dit : Hommes Israélites, prenez garde à ce que vous allez faire à l’égard de ces gens. Car, il n’y a pas longtemps que parut Theudas, qui se donnait pour quelque chose, et auquel se rallièrent environ quatre cents hommes : il fut tué, et tous ceux qui l’avaient suivi furent mis en déroute et réduits à rien. Après lui, parut Judas le Galiléen, à l’époque du recensement, et il attira du monde à son parti : il périt aussi, et tous ceux qui l’avaient suivi furent dispersés . Et maintenant, je vous le dis ne vous occupez plus de ces hommes, et laissez-les aller . Si cette entreprise ou cette œuvre vient des hommes, elle se détruira ; mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire. Ne courez pas le risque d’avoir combattu contre Dieu. Ils se rangèrent à son avis. Et ayant appelé les apôtres, ils les firent battre de verges, ils leur défendirent de parler au nom de Jésus, et ils les relâchèrent .

 

      • Premièrement, l’historien du Ier siècle, Flavius Josèphe nous apprend dans ses Antiquités Judaïques (XX – V) que ce fut l’inverse. Judas le Galiléen parut AVANT Theudas et cela en +6 (sous le recensement de Quirinus) alors que Theudas ne se révolta que 40 ans plus tard. (on notera au passage que Gamaliel ne parle pas des foules immenses nourries par Jésus.) Source : Flavius Josephe Antiquités Judaïques
      •  Deuxièmement, ce discours est prononcé en 30 ou 33 avant la conversion de Paul (Actes 9). Comment Gamaliel peut-il parler de Theudas qui ne fera sa révolte sous Festus que 10 ans plus tard ?
    • L'auteur concentre son récit sur la diffusion du christianisme à Jérusalem, en Asie Mineur, Grêce et Italie. Le christianisme présent à l'Ouest et en Egypte sont complètement occultés. 
    • D'après Actes 4,6 , Anne était le grand prêtre pendant la durée du ministère de Jésus. Toutefois selon Joséphe l'historien (Antiquités Judaïques XVIII, 2), Anne fut grand prêtre du recencement de Quirinus (+6) et fut "licencié" quand Tibère devint César (+15). Caïphe prit la relève à partir de l'an 18 mais le proconsul Vitellius lui retira ses fonctions en 36. En Luc 3,2, Anne et Caïphe sont prêtres en même temps au moment du ministère de Jésus ce qui nous place entre +15 et + 18. 
    • D'après Actes 11, 28 il y eut une famine mondiale sous le règne de Claude. Cette famine n'eut lieu qu'en Judée vers 46/48 ( Ant. Jud 18.2). Si cette famine était mondiale, comment donc l'Eglise d'Antioche put-elle aider les frères en Judée ? Elle devait être affectée aussi. N'est-ce pas la preuve que l'auteur généralise des faits locaux ? 
    • Actes 17,23  rapporte Paul utilise l'inscription sur un autel pour justifier sa foi. L'autel contiendrait "à un dieu inconnu". Toutefois, nous avons des autels chez les Athéniens mais qui rapportent "à des dieux inconnus" (par sécurité). Ce qui amène Conzelman à expliquer qu'il est impossible qu'un Juif puisse utiliser un autel pour des dieux multiples pour défendre le monothéïsme. - Conzelman, The Adress of Paul on the Areopagus, Keck & Martyn (ed), "Studies in Luke Actes" : p.220. 
    • Actes 21, 38 dit "Tu n'es donc pas, toi, cet Égyptien qui  dernièrement a suscité une révolte et emmené au désert quatre mille partisans armés (sicaires)? (NBS) - Flavius Josèphe nous rapporte ces 3 évènements mais ils ne sont pas liés (Antiquités Jud. 20:8:5, 6-10 et Guerre des Juifs 2:13:3-53)

 3. Le respect des épitres de Paul.

    • D'après Actes 7:58 et 8:3 avant sa conversion Paul participa au meurtre d'Etienne. Mais en Galates 1:22, il explique que 3 ans après il n'est pas connu des responsables de l'Eglise de Jérusalem. S'il avait vraiment participé au meutre d'Etienne, il devait être connu personnellement avant sa conversion, non ? 
    • D'après Actes 10:1 - 11:18, la prédication auprès des Gentils (les païens) fut débutée par Pierre. Alors que Paul doit se défendre de l'avoir débuté contre les 3 pilliers de l'Eglise (Jacques, Jean et Pierre) en Galates 2, 1-10. Pourquoi justifier une prédication qui était déjà entamée ?  

 

Les Epitres de Paul

Sur les 14 épitres dites de Paul 

7 sont dites proto-pauliniennes et écrites (ou dictées) par Paul lui-même

  • Epitre aux Romains
  • 1 et 2 Corinthiens
  • Galates
  • Philippiens
  • 1 Thessaloniciens
  • Philémon

3 sont dites deutéro-pauliniennes, c'est à dire écrites par les disciples de Paul selon le style très courant de la pseudépigraphie

  • Ephesiens
  • 2 Thessaloniciens
  • Colossiens

3 sont dites trito-pauliniennes ou Pastorales. Elles furent écrites par la 2e génération des disciples de Paul. 

  • 1 et 2 Timothée
  • Tite

L'Epitre aux Hébreux rentrera tardivement dans le canon car son auteur "Dieu seul le connait" selon Origène et le livre est attribué à Barbabé (selon Tertullien) quand ce n'est pas Appolos par Luther. Cette lettre n'est pas signée et n'a aucun style paulinien. 

Etant donné que les Témoins de Jéhovah estiment la rédaction finale de 2 Timothée à +65 (Toute Ecriture est inspirée de Dieu, Ed. 1967) et l'utilisent pour justifier l'authencitité de l'inspiration divine du Nouveau Testament, se posent les questions suivantes : 

- Si l'épitre de Timothée (2 Tim 3:16) qui contient le texte "Toute écriture est inspirée de Dieu" n'est pas de Paul, est-elle inspirée ? 

- Comment Paul peut-il auto-déclarer ses propres écrits comme étant d'origine divine ? 

- Etant donné qu'aucun Evangile n'est encore rédigé (ni le reste du corpus du Nouveau Testament), n'est-ce pas faire de l'anachronisme que d'utiliser ces propos pour justifier des livres ecrits post-mortem ? 

- Sachant que le canon de l'Ancien Testament ne fut réellement établi à Yabné à partir de +90, quelles écritures hébraïques Paul faisait-il allusion ? 

- Le canon du Nouveau Testament étant pour la première fois établi par Marcion en +140, quels livres sont vraiment inspirés de Dieu ? 

Après lecture des lettres de Paul, on se demande comment les rédacteurs des Evangiles ont pu rajouter autant d'informations à propos de Jésus alors que selon Paul les apotres n'en savent pas plus que lui (2 Cor 11: 5-6 ; 12, 11 ; Gal 2, 6), que Les Actes ne disent pas le contraire (Actes 9:26-27) et que Paul ne connait rien du ministère du Jésus terrestre....(voir plus bas. Prédication de Paul)

Source:

  • Régis Burnet, Épîtres et lettres ieriie siècles, éd. du Cerf, 2003,
  • Bart. D. Ehrman, Whose word is it ?, Ed. Continuum, 2008
  • Pierre Geoltrain, Aux origines du christianisme, Ed. Folio Histoire, 2000
  • Collectif sous la direction de Daniel Marguerat . Introduction au Nouveau Testament – Son histoire,  son ecriture,  sa théologie, Edition Labor & Fides , 2008.

 

Apparition historique du personnage 

Vers 136 de notre ère, après la défaite de Bar Kochba, un jeune homme riche débarque à Rome. Il s'appelle Marcion, il vient du Pont (en Turquie actuelle) et est le fils d'un riche armateur. Il possède des maisons d'éditions (à l'époque un manuscrit ou sa reproduction coûte cher) les épitres de Paul et l'Evangile de Jésus (Les exegetes affirment que c'était celui d'un Luc remanié - qui ne commençait qu'au chapitre 3 - sans que l'on puisse le vérifier en se basant sur le témoignage de Tertullien qui 2 siècles plus tard explique que l'Evangile de Luc fut tronqué par Marcion) et il fait un don important à l'Eglise de Rome.  

Il est excommunié en 144 par le "pape" de Rome Pie 1er - pour professer ce qui se trouve exactement dans les Epitres de Paul - et les premiers pères de l'Eglise feront leur maximum pour le trainer dans la boue. Tertullien et Irénée écriront spécialement contre lui, ou plutôt contre ses idées (vu qu'il est mort) car ses Eglises sont répandues partout autour de la Méditerrannée. La 2nde lettre de Pierre (rédigée à la fin du 2e siècle de notre ère) parle justement de cette bataille contre Marcion

Croyez que la patience de notre Seigneur est votre salut, comme notre bien-aimé frère Paul vous l'a aussi écrit, selon la sagesse qui lui a été donnée. C'est ce qu'il fait dans toutes les lettres, où il parle de ces choses, dans lesquelles il y a des points difficiles à comprendre, dont les personnes ignorantes et mal affermies tordent le sens, comme celui des autres Écritures, pour leur propre ruine. 2 Pierre 3,15 et 16

Avant lui, aucune trace de Paul. Seul Ignace d'Antioche (mort vers 110) parle d'une lettre de Paul envoyée aux Ephesiens. Mais depuis 1979, les lettres d'Ignace d'Antioche sont réputées pour avoir été rédigées vers la fin du IIe siècle. Bref, rien. 

  • Si Marcion a été excommunié pour avoir enseigné autre chose que ce que les Evangiles ou les Epitres Paul, pourquoi leur a-t-il fallut autant de temps pour s'en rendre compte ? Si Marcion avait trafiqué l'evangile Selon Luc, n'était-il pas facile de le confondre en présentant les originaux des autres Evangiles - que l'on nous affirme avoir été écrit entre 70 et 90 - ou même des Epitres de Paul  dont on nous affirme que la plus ancienne - 1 Thessaloniciens - date de 52 ! Cette datation pose d'ailleurs problème car elle est une déduction a rebours en fonction du livre des Actes des Apotres qui est un écrit tardif ( personne ne connait l'existence de cette chronique avant Irénée soit vers 180 ! - Cf. Daniel Marguerat . Introduction au Nouveau Testament – Son histoire,  son ecriture,  sa théologie – p.114 Edition Labor & Fides , 2005)

  • Le fait que Paul écrive à la communauté de Rome dans son  Epître aux Romains  (Lettre réputée authentique) car il ne les connait pas et ils ne le connaissent pas ( Rom 1,8-17 ; 15,22-24. 28.29), n’est-ce pas un subterfuge de Marcion pour justifier 1/ que Paul leur a écrit car il possède une preuve avec lui 2/ s’ils ne connaissent pas Paul c’est sans doute que la lettre s’est perdue, la Poste n’était pas très bonne à l’époque ?
  • Les chapitres 14,1 -15,3 de l'épitre aux Romains est une carte de visite théologique. Inconnu des chrétiens de Rome en tant que missionnaire et théologien, Paul entend leur faire connaitre son Evangile et l’Evangile pour lequel il demande leur soutien.  Marcion en fait de même avec son  Evangile à Rome.  Qui est qui ? Qui écrit quoi ? 
  • En sachant que nous ne possédons aucun écrit de Paul remontant avant le IIIe siècle (C.Beatty), quelles preuves avons-nous que les paroles de Paul contenues aujourd'hui dans nos bibles sont bien les siennes et non celles de Marcion ?
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A MEDITER...

« Si une ou plusieurs collections de lettres pauliniennes ont commencé à être constituées dès la fin du premier siècle, comme on l’admet généralement, il est vraisemblable que la tradition manuscrite du Nouveau Testament ne contient plus les lettres de Paul dans la forme où elles ont été envoyées par l’apôtre et reçues par les communautées destinataires ; il s’agit de versions arrangées en vue de leur édition et leur mise en circulation comme collection. Le texte des épitres garde parfois des traces évidentes de ce travail d’édition : la plus significative est celle de l’adjonction de 1 Co 14,33b-36 pour corriger 1 Co 11,2-16 et préparer 1 Tm 2,8-15"  -  Collectif sous la direction de Daniel Marguerat . Introduction au Nouveau Testament – Son histoire,  son ecriture,  sa théologie – p.170 Edition Labor & Fides , 2008.


Source:

  • Joseph B. Tyson, Marcion and Luke-Acts, a definying struglle, University of South Carolina, 2006
  • Collectif sous la direction de Daniel Marguerat . Introduction au Nouveau Testament – Son histoire,  son ecriture,  sa théologie, Edition Labor & Fides , 2008.
  • Von Harnack Adolf, Marcion l'évangile du Dieu étranger, Editions du Cerf, 2005

 

Paul de Tarse

Paul serait né au début du 1er siècle - selon la légende car aucune indication ne permet de le vérifier. Or, lors de la mort d'Etienne, les Actes disent que l'apôtre est un jeune homme, et c'est bien en tant que jeune homme (qu'enfant - grec neanias - par respect des lois juives concernant la lapidation), qu'il ne participe pas à l'assassinat rituel et rituellement conduit dudit Etienne et qu'il se contente d'y assister (Actes 7, 58 et les environs du verset). Mais les érudits de service s'entendent à situer la mort d'Etienne aux alentours de l'an 36. - Questions :

  • comment, en 36, Paul né au tout début du Ier siècle, peut-il être qualifié d'"enfant" (et agir comme un enfant, et s'abstenir, en tant qu'enfant justement, de donner du caillou contre la victime) ?  
  • S'il est enfant, comment peut-il se trouver en Judée alors que selon les Ebionites, Paul ne quitta pas Tarse pour la Judée avant l'âge adulte (cf. Hyam Maccoby - Paul et l'invention du christianisme, p.122 Ed. Lieu Commun, 1987) ? 

Sa langue maternelle est le grec koïné. Paul est si naturellement à l'aise dans le monde hellénistique qu'il cite même un vers de Ménandre (1 Cor 15,33 - "La mauvaise compagnie corrompt les bonnes moeurs") ou d'autres poètes grecs (Actes 17,28 - "Car nous sommes aussi de sa race" est une phrase tirée du poète stoïcien Aratus. Les mots qui précèdent - "car c'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être" - sont tirés d'Epiménide. Le second vers du quatrain est cité par Paul en Tite 1,12 : "Crétois, perpétuels menteurs, bêtes méchantes, panses fainéantes."

Selon Les Actes, il serait un pharisien de l'école de Gamaliel, mais pourquoi alors cite-t-il toujours la Septante grec et non le texte hébreu ? Ex: en 1 Corinthiens 15, 55 "Mort où est ta victoire ? Mort où est ton aiguillon ? vient d'Osée 13,14 mais le texte hébreu dit "Mort où sont tes calamités ? Séjour des morts où est ton fléau ? Il eût été tout à faire improbable qu'un Pharisien quelconque choisît de citer les Septante plutôt que la Bible en hébreu, considérée comme le seul canon par les Pharisiens. Pourquoi n'y-a-t'il rien dans les épitres qu'il fut Pharisien ? (Paul ne le dit jamais)

Le livre des Actes des Apotres proclame que Paul est Juif, romain de naissance et natif de Tarse en Cilicie. Si Paul avait été citoyen de plein droit de Tarse, cela signifierait certainement que son père en était déjà un ; ce qui confirmerait un certain degré de richesse car la pleine citoyenneté n'était conférée qu'à des gens d'un certain rang (Tarse n'étant pas une ville romaine mais juste une colonie). Mais cela rend impossible que le père de Paul fût juif, car la citoyenneté d'une polis grecque impliquait l'appartenance à une phyla, à un clan, et la participation au culte païen... Etait-il Juif ou Romain alors ? 

Pour pallier cette incohérence, Saint Jérome écrira beaucoup plus tard qu'en fait les parents de Paul venaient de Gischala en Judée (alors que c'est en Galilée) et qu'il avaient été déportés à Tarse(De viris V, Ad Phil. XXIII). Mais si le père de Paul est finalement Juif, comment peut-il être romain de naissance ? 

Les Actes insistent sur le fait qu'être citoyen romain donne droit à des procès en règle, met à l'abri des peines corporelles, et permet l'appel à Rome. Mais en 2 Cor 11, 22 sq, Paul étale une kyrielle d'outrages incompatibles avec ce statut. Que des brigands se moquent du droit romain, passe encore. Mais que des Juifs puissent le flageller à cinq reprises, selon la loi mosaïque, sans qu'il invoque le droit romain, voici qui est bien curieux. Vous m'objecterez qu'il a pu l'accepter pour l'amour du Christ. Alors pourquoi ne pas avoir la même attitude dans Les Actes ? Et comment le grand prêtre Ananie, du parti des saducéens, plus ou moins acoquinés avec Rome, oserait-il perturber la procédure judiciaire romaine en frappant un accusé qui se dit citoyen romain, et cela sous le nez d'un tribun qui ne bronche pas ?

 "A Tarse ... il n'y aucune archive que des citoyens Juifs y vivaient à l'exception de la famille de Paul (dans la Bible)."Sir William Ramsay, Cities of St Paul, p.255

Tarse ou Tarsis ? 

Le rédacteur des Actes fait parler Paul et dit : « Je suis juif, reprit Paul, de Tarse en Cilicie, citoyen d'une ville qui n'est pas sans importance. » — (Ac. 21, 39). Le texte occidental omet la précision "un citoyen d'une ville qui n'est pas sans renom", un formulation qui rappelle un vers d'Euripide (Ve siècle av.JC) selon les commentateurs de la NBS

Si Tarse (Ταρσός en Grec) n'était pas un bled paumé il est interessant de noter que Tarse est inconnue de l'Ancien Testament contrairement à Tarsis (dont la géolocalisation reste enigmatique). On retrouve ainsi 24 occurences dans le texte massorétique de l'Ancien Testament de Tarsis qui était renommée pour son argent (Jr 10,9), son fer, son étain et son plomb (Ez 27,12), ses marchands (Ez 38,13) et ses navires (1 R 10,22 ; 22,49). Pour les Hébreux, Tarsis représentait le bout du monde ( Es 66,19 ; Ps 72,10)  Toutefois c'est l'histoire de Jonas qui fait surtout reconnaitre Tarsis avec ce prophète qui doit aller obtenir la repentance des païens de Ninive, tout comme Paul est l'apotre des païens, et qui finalement décide de partir pour Tarsis. Paul serait-il ce Jonas revenant de Tarsis après que le ciel lui ait rappelé sa mission durant son voyage, comme Paul sur le bateau ("Un ange du Dieu auquel j'appartiens et à qui je rends un culte s'est présenté à moi cette nuit Actes 27,23) ?  Sommes-nous devant un ajout ("en Cilicie") des recopieurs du texte ?  Jonas et Paul connaissent une tempête interminable et les marins doivent jeter toute leur marchandise à la mer. Le livre d'Hénoch l'annonçait :

" Voyez les pilotes qui naviguent sur la mer : leurs vaisseaux sont agités par les vagues et la tempête ; s'ils sont en détresse, tous ils ont peur, jettent par dessus bord toutes leurs marchandises et leurs biens et apprehendent en eux-mêmes de voir la mer les engloutir et de périr en son sein"  1 Hénoch 101,4s comparer avec Actes 27: 18-20)

Les marins ont l'assurance qu'ils ne mourront pas en suivant les instructions prononcées par le prophète  (Jonas ,12 - Actes 27,22) .

2 prophètes, 2 missions, 2 même auditoire, 2 tempêtes, 2 actions des marins semblables, 2 salvations et la ville de Tarsis/Tarsos en filigrane. Pur hasard où démonstration évangélique ? 

Saul l'Inquisiteur

Suivant Les Actes des Apotres au chapitre 8, Paul s'appelait Saul avant sa conversion et avait approuvé la lapidation d'Etienne. Puis avait persécuté les premiers membres de la Voie. 

Actes 8,3 : " Saul, lui, s'efforçait de détruire l'Église ; il allait de maison en maison, en arrachait les croyants, hommes et femmes, et les jetait en prison."

Ainsi Saul ravage l'Eglise si bien qu'au chapitre suivant, on y lit "Pendant ce temps, Saul ne cessait de menacer de mort les disciples du Seigneur. Il alla trouver le grand-prêtre et lui demanda des lettres d'introduction pour les synagogues de Damas, afin que, s'il y trouvait des personnes, hommes ou femmes, qui suivaient le chemin du Seigneur, il puisse les arrêter et les amener à Jérusalem "(Actes 9,1-2). "Quand on les mettait à mort, j'apportais mon suffrage"(Actes 26,10) confirmera Paul plusieurs chapitres plus tard. La description est saisissante, Saul/Paul veut se saisir des partisans de Jésus "morts ou vifs" : non seulement il y a "menaces", arrestations, incarcérations, mais aussi "carnage", c'est-à-dire massacre sanglant, hécatombe. 

Comment Paul a-t-il pu obtenir la possibilité de mettre à mort de pauvres bougres alors que selon les Evangiles les grands prêtres n'avaient aucun pouvoir de la sorte ? 

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L'initiative attribuée à Saul/Paul est au-delà de l'improbable. Voici les questions qui se posent :

  • A quel titre, vers la fin des années 30 de notre ère, un juif aurait-il pu légitimement et légalement, du point de vue de la Torah, poursuivre des coreligionnaires hors de Palestine, sous prétexte qu'ils exprimaient leur foi dans d'autres termes ?

• Comment le grand prêtre de Jérusalem, dont l'autorité ne s'exerçait qu'en Judée au prix d'un subtil compromis politique avec les Romains, aurait-il pu placer sous sa juridiction l'activité des synagogues implantées en Syrie ?

  • Comment aurait-il pu imposer une action de police dans une province de l'empire sous la domination d'un roi Vassal, Arétas ?

• Comment un grand prêtre aurait-il pu mandater officiellement un émissaire qui ne proviendrait pas du milieu sacerdotal ? un émissaire qui ne serait même pas sadducéen comme la plupart d'entre eux, mais ouvertement du parti adverse, le parti pharisien, auquel Paul dit appartenir(Actes 23)

Au IIe siècle toutes ces questions n'embarrassent pas l'auteur des Actes. S'il ne s'en moque pas , il ne s'en soucie guère. A cet instant du récit, il s'adresse à des destinataires qui ignorent de telles subtilités et qui n'ont pas besoin d'y entrer. Pour preuve, quand ces distinctions seront necessaires, il témoignera subitement d'un souci pédagogique qui vient comme un aveu "Paul savait qu'il y avait là d'un côté le parti des sadducéens, de l'autre celui des pharisiens"(Actes 23:6)
Si le livre des Actes relate l'histoire des premiers temps, cela ne l'empêche pas de construire une légende sous nos yeux.

Qui a pu déclencher une persécution contre l'Eglise de Jérusalem puisqu'il est d'abord dit que le Sanhédrin se range à l'avis de Gamaliel qui prône la mansuétude au nom de la volonté de Dieu (Ac 5, 34-39) puis qu'il se ravise de peur que Jésus, qu'il refuse de croire ressuscité, ne détruise le Temple...

Quant au discours d'Etienne, on se demande bien pourquoi il ne parle pas des tribulations de Jésus ?

Ne trouvez-pas étonnant que Paul s'appelle Saül quand il persécute Christ (le Messie davidique, l'Oint) tout comme l'ancien Saul persécutait au début David (1 Samuel 24)? Tout comme David, le Christ parle à Saul qui ne le voit pas et ce dernier se repend. Coïncidence ou construction thélologique ? 

Sources : 

  • Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, Jésus après Jésus - p 152-153.  
  • Hyam Maccoby, Paul et l'Invention de l'histoire, op.cit

 

La conversion de Paul

Sur le chemin de Damas, Jésus apparait à Paul. Mais les hommes ont-ils entendu et vu la même chose ? Oui selon Actes 9,7  et non selon....Actes 22,9? Selon Actes 26,14 les hommes se prosternent à terre mais selon Actes 9,7 ils ne bougent pas. 

Est-ce que Paul est allé ensuite directement à Jérusalem ? OUI  selon Actes 9,26 mais NON selon Paul lui-même (Galates 1:13-17). Est-il parti ensuite dans le desert en Arabie se retirer, tout comme Moïse dans le Sinaï, pour assimiler la nouvelle révélation avant de revenir pour l'annoncer à l'humanité ? A-t-il ensuite rencontré à nouveau Jésus au 3e ciel comme il l'affirme (2 Corinthiens 12, 2-3) afin d'avoir les mêmes stigmates sur le corps que le Christ (Gal 6,17)

=> Aujourd'hui, si vous parlez à Dieu, vous êtes croyant. Si Dieu vous parle, vous êtes schizophrène. Comment pouvons-nous considérer comme véridiques des paroles d'un homme d'il y a 2000 ans que tout le monde enverrait à l'asile aujourd'hui ?  

Pourquoi Les Actes lui prêtent une extase lors de sa visite à Jérusalem (22, 17) alors que dans Galates (1, 18) il n'en dit rien ?


Réflexion d'un spécialiste du Nouveau Testament :

La conversion de Saul dans les Actes  rappelle par plus d'un trait l'histoire symétrique d'Héliodore (envoyé par Séleucus IV de Syrie à Jérusalem, le même chemin en sens inverse, pour inventorier et piller le trésor du temple) dans 2 Maccabées 3

"Héliodore, lui, exécutait ce qui avait été décidé. Il était déjà, avec sa garde, près du Trésor, quand le Souverain des Esprits et de toute puissance fit une grande apparition, de sorte que tous ceux qui avaient osé venir là furent frappés par la force de Dieu et en perdirent vigueur et courage. Il leur apparut, en effet, un cheval, monté par un cavalier terrifiant, et richement caparaçonné; s'élançant avec impétuosité, il agita contre Héliodore ses sabots de devant. L'homme qui le montait paraissait porter une armure d'or. En même temps, deux autres jeunes hommes apparurent à Héliodore, d'une force remarquable et d'une très grande beauté, habillés de vêtements magnifiques; s'étant placés de part et d'autre, ils le fustigeaient sans relâche, lui assénant une grêle de coups.Héliodore tomba tout d'un coup à terre et fut enveloppé d'épaisses ténèbres. On le ramassa pour le mettre dans une litière, et cet homme, qui venait d'entrer dans le trésor susdit avec une nombreuse suite et toute sa garde, fut emporté, désormais incapable de s'aider lui-même, par des gens qui reconnaissaient ouvertement la souveraineté de Dieu. Par l'effet de la puissance divine, cet homme gisait donc sans voix, privé de tout espoir et de tout secours. Quant aux autres, ils bénissaient le Seigneur, qui avait miraculeusement glorifié son saint lieu, et le sanctuaire qui, peu de temps avant, était rempli de frayeur et de trouble, débordait de joie et d'allégresse grâce à la manifestation du Seigneur tout-puissant. Certains des compagnons d'Héliodore s'empressèrent de demander à Onias (le grand prêtre) qu'il priât le Très-Haut et accordât la vie à l'homme qui gisait là et en était à son dernier souffle. Dans la crainte que le roi ne conçût le soupçon qu'un mauvais tour avait été joué à Héliodore par les Juifs, le grand prêtre offrit un sacrifice pour le retour de cet homme à la vie. Pendant que le grand prêtre offrait le sacrifice d'expiation, les mêmes jeunes hommes apparurent de nouveau à Héliodore, revêtus des mêmes habits; debout près de lui, ils lui dirent: 'Rends de grandes actions de grâce à Onias le grand prêtre, car c'est grâce à lui que le Seigneur t'accorde la vie sauve; quant à toi, fustigé du Ciel, va annoncer à tous la grande force de Dieu.' Ayant prononcé ces paroles, ils disparurent. 
Héliodore, ayant offert un sacrifice au Seigneur et adressé de ferventes prières à celui qui lui avait conservé la vie, prit amicalement congé d'Onias et revint avec son armée auprès du roi. Il rendait témoignage à tous des oeuvres du Dieu très grand, qu'il avait contemplées de ses yeux. Le roi lui demandant quel homme était indiqué pour être envoyé une nouvelle fois à Jérusalem, Héliodore répondit: 'Si tu as quelque ennemi ou conspirateur contre ton gouvernement, envoie-le là-bas, et tu le recevras roué de coups, si toutefois il en réchappe, car une puissance divine entoure vraiment ce lieu. Car celui qui a sa demeure dans le Ciel veille sur ce lieu et le protège, et ceux qui y viennent avec de mauvais desseins, il les frappe et les fait périr.'"

Dans les épîtres les éléments autobiographiques sont rares et pas toujours au-dessus de tout soupçon; la référence à Damas qui précède immédiatement le récit de l'extase au 3e ciel dans 2 Corinthiens 11,32s arrive comme un cheveu sur la soupe et rappelle étrangement l'anecdote d'Actes 9,23ss, qui, dans le scénario des Actes, est postérieure à la conversion; même si on n'en tient pas compte, rien n'indique que l'extase du chapitre 12 soit à comprendre comme un récit de conversion. L'épître aux Galates distingue d'ailleurs deux "révélations", l'une initiale (1,15s), avant un séjour (ignoré des Actes) en Arabie et à Damas (v. 17), lesquelles se trouvent bizarrement associées en 2 Corinthiens 11,32s (où Damas semble placée sous autorité nabatéenne [Arétas], à l'encontre de tous les éléments historiques connus), et une autre qui précède le retour à Jérusalem (2,2).

(Le "troisième ciel" est celui où se trouve le "paradis" originel dans l'Apocalypse grecque de Baruch = 3 Baruch, qui compte cinq ciels en tout.)

 



La prédication de Paul

Il est époustouflant que Paul ait accompli toute sa carrière missionnaire sans connaître une seule parole de Jésus, ni le Notre Père, ni le Sermon sur la Montagne, ni citer un seul miracle : je n'ai jamais rencontré personne me prêchant le Christ ainsi...
La parole de Jésus citée en Actes 20,35 a le malheur d'être apocryphe...car du philosophe grec Thucydide (Kilgallen, John J. Acts 20:35 and Thucydides 2.97.4." Journal of Biblical Literature 112, no. 2 (1993): 312-14.)

  • Au lieu de dire Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement (Mt 10, 8), Paul enseigne que le Seigneur a prescrit à ceux qui annoncent l'Evangile de vivre de l'Evangile (1 Cor 9, 14). 
  • Au lieu de dire que pas un passereau n'est oublié devant Dieu (Lc 12, 6), il demande dédaigneusement si Dieu se met en peine des boeufs pour prouver que la citation du Deutéronome doit être prise au sens figuré (1 Cor 9, 9-10).
  • Au lieu de citer l'une des formules les plus célèbres de l'Evangile, rendez à César ce qui est à César (qu'on trouve même dans Astérix le Gaulois, dans deux albums), Paul en fait toute une paraphrase (Rom 13, 1-7 ).
  • Au lieu de parler de la trahison de Judas, Paul affirme que Jésus s'est livré lui-même (Gal I, 4).
  • Quant à l'ouvrier de la onzième heure, il peut aller se rhabiller (1 Cor 3, 9).
  • Et pour prouver la résurrection des morts, Paul s'embarque dans un long discours où Lazare, le fils de la veuve, et les morts sortis de leur tombeau le jour de la mort de Jésus (Selon Matthieu) brillent par leur absence (1 Cor 15, 12 sq).

Ne trouvez-vous pas que c'est une étonnante coïncidence que Paul vienne de Cilicie où le dieu Attis, sous ses différents avatars, apparaissaient depuis la jeunesse de Paul comme un dieu pendu au bois (voir Galates 2:13 et lire James Frazer, Le Rameau d'Or, T.2), dont le corps ruisselant et écorché fertilisait les champs et dont les mystères renouvelaient les âmes de ses fidèles extatiques ? On comprend mieux Paul quand il écrit "Dieu....a jugé bon de révéler en moi son fils" (Galates 1, 15-16) et "Il a voulu par Christ tout réconcilier avec lui-même, aussi bien ce qui est sur la terre que ce qui est dans le ciel, en faisant la paix à travers lui, par son sang versé sur la croix (Col 1,20).

D'autres questions apparaissent encore:

-  Paul fait-il bien de circoncire son disciple Timothée (Actes 16,3) alors qu'il explique aux Galates que la circonscision ne sert à rien ? (Galates 5,2 : "Voici, moi Paul, je vous dis que, si vous vous faites circoncire, Christ ne vous servira de rien".)

- Peut-on excuser Paul d'avoir repris Pierre qui judaïsait quand ce dernier en fit de même pendant 8 jours à Jérusalem ? 

- Paul semble être pour le libre échange quand il explique qu'il partage avec Barnabas la même femme en 1 Corinthiens 9:5 ? Où Paul a-t-il trouvé dans la Torah qu'il pouvait appliquer les coutumes des païens ? Chez Salomon ou chez David ? 

- Que penseriez-vous de quelqu'un qui vit à votre charge  avec sa famille et qui vous juge, vous condamne (1 Corinthiens 9: 5-7) puis qui ensuite explique qu'il n'a été à la charge de personne ? (2 Corinthiens 11:9)

- Comment Paul s'arroge-t-il le droit d'être "sans pitié" pour juger les fautes (2 Corinthiens 13,2) alors que Jésus dans Selon Matthieu explique qu'il faut pardonner 77 fois (Matthieu 18:20-22)  ? Paul serait-il plus grand que Jésus ? 

- Que doit-on comprendre par le ravissement de Paul au 3e ciel ? Qu'est-ce que le 3e ciel, le second et le premier ? (2 Corintiens 12:2)

  

Devant Agrippa

Paul semble dire que les Juifs sont les agents de Satan (Actes 26:18) : l'auteur des Actes était-il marcionite ? Marcion considérant les Juifs comme étant des déïcides...

Autre énormité : Festus qualifie le discours de Paul de "grand savoir". Or Festus est un païen et, d'un point de vue hellénique, il n'y a pas une ligne d'érudition dans ce discours. Même en adoptant un point de vue juif, le seul trait d'érudition consiste à dire que le Messie souffrira et ressuscitera des morts : la belle affaire ! Tous les dieux païens en font autant (Attis, Mithra, Adonis, Dyonisos...) !

Paul demande au roi s'il croit aux prophéties, et celui-ci manque de devenir chrétien (26.28) sans que Paul entame une ligne de démonstration par les prophéties : l'eunuque de la reine Candace fut mieux instruit, alors qu'il était moins sceptique, par définition (Ps 68, 32).

Serait-ce le roi Agrippa qui a inventé le nom de "chrétien", Paul s'étant présenté à lui comme partisan de "Jésus le Nazaréen" (26,9)? Mais ce n'est pas possible car "chrétien" veut dire "partisan du Messie (christos)" : quel Juif n'est pas partisan du Messie, que le Messie soit Hérode, Theudas le Gaudionite, Judas le Galiléen, Jésus le Nazaréen, ou, plus tard, Bar Kochba ? Pour que "chrétien" désigne exclusivement les partisans de Jésus, il faut au moins attendre que se dissipe le souvenir du dernier des messies juifs, Bar Kochba, écrasé par Hadrien en 138. (Source : Pierluigi PIOVANELLI in Religions & Histoire, n°22, p 62-65, 2008)

Paul s'attend à être toujours vivant au moment du retour du Christ dans les nuées et d'aller à sa rencontre (1 Thessaloniciens 4) Etant donné qu'il est mort sans que tout ceci n'arrive doit-on en conclure que le retour du Christ était une utopie ? Pourquoi inventer ensuite une résurrection effective en 1914 alors que Paul précise bien que lui même sera encore en vie ? (v.17)


L'Eucharistie et Paul

Paul a-t-il inventé la Cène selon 1 Corinthiens 11,23 ? Ou les rédacteurs des Synoptiques avaient-ils les écrits de Paul sous les yeux ? La question se pose quand on sait que l'évangile Selon Jean ne rapporte pas le rituel : 

"Jean (l'auteur de l'Evangile) se montre lui-même conscient du caractère choquant de l'idée de l'Eucharistie dans l'optique juive, lorsqu'il montre que même les disciples en étaient scandalisés, et certains d'entre eux si choqués qu'ils "refusèrent de marcher à ses côtés".

Ce que décrit ici Jean n'est pas le choc ressenti par des auditeurs juifs de Jésus (puisque Jésus n'émit jamais aucune idée eucharistique) mais le choc ressenti par des auditeurs de Paul, quand il greffa sur la pratique du christianisme un rite à tel point imprégné de paganisme, impliquant une notion d'incorporation de la divinité par une procédure teintée de cannibalisme. 

Ceci ne veut évidemment pas dire que Jésus ne distribua pas le pain et le vin à ses disciples lors de la Cène, ce qui est tout à fait d'usage lors d'un repas juif, qu'il s'agisse ou non d'un jour de fête. La personne la plus importante de la table dit une action de grâce (action de grâce est le sens originel du mot "Eucharistie") puis rompt le pain et en donne un morceau à tous les convives. Puis, à la fin du repas, une action de grâce est prononcée au-dessus d'une coupe de vin, qui circule entre les convives à la fin de l'action de grâce pour qu'ils y trempent les lèvres. (Cette coupe de vin de grâce semble être ce à quoi se réfèrent les récits synoptiques et I Corinthiens, plutôt que le kiddouch, vin du sabbat et des fêtes, qui précède la distribution du pain). Cette procédure, qui est toujours en usage aux tables juives, n'a pas de signification mystique ; elle se veut simplement un remerciement à Dieu pour le repas qu'il a donné. La touche d'apparat de religion à mystères (le pain en tant que corps du dieu et le vin comme son sang) fut l'oeuvre de Paul, par laquelle il transforma un repas juif ordinaire en un sacrement païen...puisque même le sang d'un animal était interdit au cours d'un repas juif par la loi biblique (Lévitique 7,26). L'idée de considérer le vin comme du sang ne peut que dégoûter un juif. Là encore, Paul semble s'éloigner délibérément de l'éthos et des canons du goût juif et s'aligner sur le monde du paganisme. 

Il n'est pas sans intérêt de noter que le terme de Paul emploie pour l'Eucharistie est : "la Cène du Seigneur (en grec, kuriakon deipnon). La même expression était utilisée dans les religions à mystères pour les repas sacrés dédiés au dieu sauveur. Il est évident que, dans l'Eglise primitive, cette cérémonie était effectivement considérée comme un mystère, car une atmosphère de secret l'entourait, et les nons-chrétiens et même les catéchumènes n'étaient pas autorisés à y assister. L'expression de Paul, "la Cène du Seigneur", fleure tellement la religion à mystères que les premiers Pères de l'Eglise en furent embarassés, et lui substituèrent le nom d'"Eucharistie", qui avait des connotations plus juives que païennes. Les Pères cherchèrent donc à aligner la cérémonie chrétienne sur le kiddouch non-mystique et non-magique des juifs, au cours duquel le vin et le pain étaient "bénis" (ou plus exactement, on rendait grâce à Dieu de les fournir à l'homme). Malgré ce changement de nom, l'Eucharistie continua cependant d'avoir des connotations magiques, puisqu'on croyait qu'un miracle se produisait chaque fois qu'on la célébrait : le pain et le vin devenaient le corps et le sang du Christ. Cette signification magique existait depuis la première institution du rite par Paul, comme on peut le voir dans l'expression concernant l'effet magique de sa célébration, dans les versets 28-29 de 1 Corinthiens, XI. - Hyam Maccoby - Paul et l'invention du christianisme, p.165-166 Ed. Lieu Commun, 1987


"Qand un ange du ciel annoncerait un autre Evangile que celui que nous vous avons prêché, qu'il soit anathème!" - Galates 1, 8 - Paul serait-il supérieur aux anges de Dieu suite à son voyage en Arabie ? En tout cas il n'était pas l'homme le plus humble que la Terre ait portée comme Moïse parlait ainsi de lui-même (Nombres 12,3)....


Le sacrifice du Christ

 

" Depuis saint Paul, l’idée maîtresse du christianisme est celle du rachat de l’humanité, coupable d’une faute préhistorique, par le sacrifice volontaire d’un surhomme. Cette doctrine est fondée sur celle de l’expiation — un coupable doit souffrir pour expier sa faute — et sur celle de la substitution des victimes — un innocent peut valablement souffrir pour un coupable. — L’une et l’autre sont à la fois païennes et juives ; elles appartiennent au vieux fonds des erreurs humaines. Mais Platon savait déjà que la peine infligée à un coupable n’est pas ou ne doit pas être une vengeance : c’est un remède pénible qu’on lui impose, dans l’intérêt de la société et dans le sien. Vers la même époque, le droit athénien faisait prévaloir le principe que la peine doit être personnelle comme la faute. Ainsi saint Paul a fondé la théologie chrétienne sur deux idées archaïques qui étaient déjà condamnées, par les Athéniens éclairés, au IVe siècle avant notre ère, et que personne aujourd’hui n’oserait soutenir, bien que l’édifice qui repose sur elles soit encore debout."-  Salomon Reinach, Orpheus, Ed. L'Harmattan, 2002, p. 348-349,

  • Ne trouvez-pas vous que cette histoire de rachat de l'humanité par la torture et la mise à mort d'un innocent est révoltante et grotesque ? 
  • Si un innocent doit payer à la place d'un coupable pour que justice se fasse, quel intérêt avons-nous à "servir" un être aussi injuste ? 

 Depuis des théories comme la substitution, la satisfaction, la rançon ou l'influence morale ont été développée pendant 2000 ans afin de justifier cette abomination (voir le sujet ici). Aucune de ces théories (qui sont les legs de la prédication de Paul) ne parviennent à justifier de manière satisfaisante la "justice divine". Il suffit d'un peu de logique et de l'appliquer à un cas concret dans la vie réelle pour se rendre compte qu'elle est sont toutes ineptes et absurdes....

En attendant, UKKO vous explique de manière un peu plus censée pourquoi ce sacrifice était nécessaire...

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Commentaires (1)

Damien
  • 1. Damien | 15/02/2016

Je ne suis pas certain de tout comprendre à votre texte mais le concept de rachat des péchés semble vous échapper.
Jésus christ est Dieu (selon les chretiens bien sûr) donc sa mise à mort fait partie d'un processus élaboré avec Dieu le père pour le rachat des péché c-à-d du mal qui pollue le monde.
Aucun humain innocent n'est mort par le sacrifice de Jésus car il n'était pas humain au sens où nous l'entendons et il n'est pas mort.
Le but du sacrifice de Jésus n'est pas d'être puni à la place de quiconque pour un délit ou un crime car les criminels sont châtiés même dans les nations chrétiennes mais de permettre aux pécheurs que nous sommes de délivrer notre âme du mal, Si je pêche je fais du mal autour de moi c'est certain et je peux en être puni mais je me corromps aussi dans le sens où je perds ma pureté, mon innocence, je deviens reponsable et coupable d'une tache qui souille mon âme et que je dois purifier nettoyer avant de devoir en répondre devant dieu.
N'importe qui doté de conscience et de sens moral sent quand il commet un péché qu il y a quelque chose qui change en lui , quelque chose qui le tracasse qui le ronge et dont il veut se débarrasser .
C'est le but des sacrements et donc du sacrifice christique.
Bien sûr si vous tuer votre voisin vous finirez peut -etre à l'echafaud et ce serait justice mais si vous vous confessez vous finirez à l'échafaud la conscience pure.....

C'est cette culpabilité qui doit être supprimée et elle ne peut être que par le rachat fait librement par Jésus.

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Date de dernière mise à jour : 31/05/2013

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